Mercredi 22 mars 2006 3 22 /03 /2006 16:47

The Woodsman de Nicole Kassell


Note Alexvision : 16 / 20

Un premier film saisissant …

En allant voir The Woodsman il ne faut surtout pas s’attendre à voir un joli compte de fée. Il ne s’agit pas là du woodsman que l’on connaissait étant petit. Le premier film de Nicole Kassell s’axe sur Walter. Walter semble triste, timide, monolithique, hésitant … bref pas très à l’aise dans ses baskets. Bizarre ? Non puisque Walter sort de prison. Là où l’histoire se corse c’est que notre bon petit Walter vient en réalité d’être libéré après 12 ans de prison dus à des actes de pédophilie. C’est alors que l’on va suivre son parcours, sa réinsertion dans la vie active… Chose complexe mais qui va se compliquer encore plus lorsque de nombreux évènements personnels comme professionnels vont venir semer le trouble dans l’esprit perturbé en phase de rédemption et de chasse aux démons de Walter…

Un film sobre, complexe, tendu comme un arc et surtout magistralement bien interprété. Le trop rare à mon goût Kevin Bacon s’impose et force le respect dans un rôle de « gentil » salaud. Kassell pour son premier long métrage n’a pas choisi la facilité bien au contraire. Elle a décidé de se placer du côté du « monstre » en question afin de tenter de cerner son évolution et ce qui a pu le pousser à commettre de tels actes mais surtout de comprendre qui est-il vraiment lors de sa reprise de vie. Le film se tient en perpétuel fil du rasoir. Jamais graveleux, jamais bons sentiments à l’Américaine et violons à la con en pagaille ; The Woodsman suit un parcours et une identité spécifique qui tient du malaise ambiant, constant et étrangement révélateur.

A plusieurs reprises, Kassell place le spectateur face à un miroir et nous laisse juger Walter allant jusqu’à nous faire réfléchir sur nous mêmes. Walter n’est ici pas catalogué comme un monstre. Il est traité tout en nuances comme un « malade » qui essaie de se soigner seul en affrontant ses propres démons intérieurs. Plus l’action avance plus on se rend compte que tout cela ne tient à rien. Walter peut aussi vite basculer que se repentir. Et c’est là que l’entourage joue un rôle prépondérant. Sa rencontre avec le personnage de Kyra Sedgwick (femme de Bacon à la ville, ce qui renforce la véracité des sentiments) ne fait que souligner tout cela. L’amour qu’elle lui porte et son passé tortueux vont aider Walter à se « réveiller ». La compassion de son beau-frère (excellent Benjamin Bratt) joue également un rôle prépondérant dans la réinsertion en question.

Le reste du casting joue décidemment la perfection jusqu’au bout des ongles de Mos Def à la chanteuse Eve dans un rôle ingrat de conne pourtant compréhensible étant donné que l’on serait également apte à réagir comme elle… Le montage haché, les couleurs de photos saturées, graineuses et la musique particulièrement ambiante contribuent à la réussite du film.

Pour un premier film la réussite est quasi totale (oui les maladresses sont tout de même présentes) mais l’ensemble dont  le scénario et l’approche sont intelligents et l’on ressort scotché, bouleversé par cette histoire de compassion et de compréhension. Loin d’être un plaidoyer moral ou une prise de parti… Kassell dresse surtout un constat en alternant le froid et le chaud, la, foule de sentiments, les relations charnelles, les moralités de chacun avec pour objectif : Comprendre et non juger.

Un petit bijou fort intéressant et poignant. Du très bon travail qui fait réfléchir longtemps après la projection… Tant mieux.

Par Alex - Publié dans : Ciné
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