"Inside Man" de Spike Lee

Publié le par Alex

Note Alexvision : 15 / 20

Un habile polar de commande de studios qui frise la perfection mais qui ne laisse pas Spike Lee s’exprimer comme il l’aurait voulu.

Autant Spike Lee est à l’aise comme un poisson dans l’eau avec son cinéma indépendant, autant il assure avec classe et coolitude malgré un manque de place pour s’exprimer. Toutefois Spike Lee ne se cache pas et ne ferme pas son clapet car il a des choses à dire !

Film de commande de studios qui devait à l’origine être réalisé par Ron Howard (retenu sur De l’ombre à la lumière) c’est entre les mains de Spike Lee que s’est retrouvé le projet. Heureusement ? La réponse est oui car au-delà du simple film de braquage, Lee assez inspiré en profite pour balancer comme à son habitude quelques réflexions sur les relations et préjugés raciaux qui inondent notamment sa chère ville de New-York. Comme il sent que le terrain est assez glissant et étroit étant donné qu’il s’agit là d’un « entertainment » commandé, Spike Lee assure ses arrières et se freine par plusieurs fois sur sa lancée. Au-delà de son intrigue policière se cache de nombreux pics à saisir au vol car leurs passages sont furtifs ou cachés.

D’un point de vue polar le film est entièrement réussi. Véritable casse mystérieux avec prise d’otages, innovations de génie pour s’en tirer côté braqueurs (Clive Owen certes monolithique impose de sa présence) sans oublier le côté décalé des flics qui enquêtent (Denzel Washington  en roue libre s’en donne à cœur joie) ainsi que les personnages plus « ambiguë » campés par les « grands » Christopher Plummer et Jodie Foster. Le film de gangsters se déroule sans aucune embûche et nous mène en bateau pour laisser place à une jolie fin surprise. On se fait donc bien avoir et on est bien rassasié. Spike Lee conscient des limites d’expression d’un film de studios n’égale certes pas la perfection de la perle « La 25ème Heure » mais se permet donc de critiquer certains aspects d’une société qui part en confettis. Par le biais d’habiles jeux temporels qui exercent le rôle de temporisateurs (alternance de flashbacks et de scènes en dehors de la banque) le film critique les préjugés et les idées toutes faites mais aussi une certaine classe « douteuse » de la haute société bourgeoise.

Mais là où Spike Lee est encore plus malin c’est qu’il se glisse dans l’exercice de style comme dans une paire de chaussettes. Tout lui va comme un gant dans ce pur produit studios. Il préfère se la jouer « cool attitude classieuse décalée» que sérieux qui pourrait se retourner contre lui. Tout est parfaitement huilé dans sa machine et ça fonctionne au diapason. Rajoutez à cela une B.O tout à tour dynamique et envoûtante (mention spéciale au morceau Bollywood d'ouverture et de clôture du film), une galerie de personnages mémorables, un scénario malin et vicieux et vous obtiendrez un bon petit film à suspense qui régale et  excite à défaut de subjuguer. Qu’importe Spike Lee a encore frappé fort et juste même si moins fort que d’habitude… Normal c’est son film le plus grand public qu’il signe plutôt bien en imprégnant sa patte acerbe. Très bon.

 

Publié dans Ciné

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